À propos du fonds d’aide européen de 500 milliards : beaucoup de bruit pour rien ?

Dans ce point de vue constituant, Frédéric Viale décrypte le plan "Merkel-Macron"... auquel déjà s'opposent les Pays-Bas et l'Autriche, qui demandent à la place des prêts assortis d'obligations de réformes structurelles.

Le 19 mai, le président Macron et la Chancelière Merkel ont annoncé un « plan de relance européen » doté de 500 milliards d'euros. Immédiatement, l'ensemble des médias a présenté cette initiative comme une réponse à la question lancinante de savoir à quoi pouvait bien servir l'Union européenne : la voilà donc capable de mettre sur la table 500 milliards d'euros – sous vos applaudissements !

Une fois les lampions éteints, un peu réalisme ne nuit pas : il ne s'agit là que d'une proposition. Il est vrai qu'elle émane des deux puissances les plus importantes, mais il va falloir rallier des pays comme l'Autriche, les Pays-Bas, le Danemark, la Finlande, la Suède qui ont manifesté jusque là une opposition nette à ce genre d'initiative. L'histoire dira si ce projet finira comme tant d'autres au cimetière des éléphants ou s'il sera assorti de conditions qu'il sera intéressant de scruter.

Mais le réalisme est d'autant plus nécessaire que, pour ne pas changer, les médias s'embarquent dans des dithyrambes sans réellement expliquer de quoi il s'agit. Il s'agirait donc (si le projet aboutit) d'un fonds budgétaire. Certes, cela voudrait dire un effort des États membres et cette entorse à l'austérité serait comme le signal d'un petit miracle, celui qui verrait nos dirigeants abandonner pour un temps leurs dogmes ordolibéraux. C'est cependant plus subtil que cela : cet « effort budgétaire » a vocation à être financé par une dette, puisque les milliards en question seront levés sur les marchés financiers.

En l'état, ce remboursement échoirait aux États membres à hauteur de leur contribution au Mécanisme européen de stabilité (le MES), du budget européen (proportionné à leur PIB dans le PIB européen) et de leur participation à la BCE. En somme, il y aurait bien mise en commun d'une dette, mais d'une dette qu'il faudra rembourser (comme d'ailleurs l'a déjà dit Christine Lagarde). On aurait pu concevoir que ce fonds soit financé au moins partiellement par création monétaire ; il n'en est rien. Par ailleurs, si le projet de Merkel et Macron affirme que le plan de relance ne serait pas contraint par les conditions qu'on trouve habituellement dans les traités de l'UE (mettre en œuvre des « réformes structurelles » néolibérales), comment rallier les gouvernements les plus réticents sans consentir à en passer par là ?

Un fantôme supplémentaire hante la maison UE. La cour suprême allemande vient de refuser dans un arrêt récent que le budget allemand contribue au remboursement des dettes des autres États. L'Allemagne participera-t-elle à sa quote-part de remboursement de cette dette nouvelle ? Nul ne le sait à ce stade.

Deux choses sont certaines : ce plan de relance va coûter aux peuples qui devront rembourser et on ignore encore la réalité des contraintes qui y seront attachées. Reste à savoir quel type de relance il financera. Il est question d'un Green new deal (en anglais, c'est mieux) : non pas de planifier une transition énergétique mais beaucoup plus sûrement de subventionner les entreprises portant une technologie dont on imagine qu'elle va tout régler. En tout cas, lorsque le ministre Bruno le Maire affirme qu'il servira à la reconstruction de l'hôpital, soit il ment, soit il rêve. 

En conclusion, il paraît clair que pour nos dirigeants, le monde d'après ressemble furieusement au monde d'avant.

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