Attentats du 13 novembre 2015 : la justice, rien que la justice, toute la justice

Après le procès en 2020 des accusés des attentats commis du 7 au 9 janvier 2015 par des envoyés d’Al-Qaida contre Charlie-Hebdo, une policière municipale de Montrouge et l’Hyper-Casher de Vincennes, l’ouverture ce mercredi 8 septembre 2021 du procès des djihadistes de DAECH accusés d’avoir semé la terreur le 13 novembre 2015 ou d’avoir participé à la logistique de ces actes, notre pays mène, pour la deuxième année consécutive, un nouveau « procès pour l’Histoire ».

Depuis 1945, sans remonter plus loin dans le temps, le monde n’a jamais connu d’âge d’or sans terrorisme. Même en ne s’en tenant qu’à la France, des attentats de l’OAS au terrorisme islamiste des années 1980-95 sur fond de conflit au Proche-Orient jusqu’à sa résurgence à partir de 2012 (les assassinats commis par Mohamed MERAH et ses complices) jusqu’au paroxysme de 2015-16 et enfin les assassinats de Samuel PATY ou dans la cathédrale de Nice en 2020 : que de sang répandu !

L’ouverture du procès des accusés des attentats du 13 novembre 2015 interroge une partie de la société française. Comment juger  les auteurs ou complices de ces actes qui, par leur ampleur (130 morts dans une dizaine d’endroits à Paris et à Saint-Denis) et le caractère en partie endogène de leur origine (une partie des vingt accusés est née et a grandi ici), sont toujours une plaie ouverte ?

D’autres pays démocratiques ont fait le choix de juger les terroristes islamistes en donnant moins de résonance aux procès. Ainsi, quatre hommes accusés d’être auteurs ou complices des attentats revendiqués par DAECH en août 2017 en Catalogne (16 morts) ont été jugés en deux mois. Si 200 témoins ont été entendus et si les peines prononcées en février 2021 (de 8 ans à 53 ans de prison) étaient conséquentes, l’Espagne a privilégié une réponse relativement rapide et discrète.

Le procès suite aux attentats du 13 novembre 2015 constitue moins un défi logistique (construction en quelques mois d’une salle hors normes là où, sur l’Ile de la Cité, la justice est rendue depuis 800 ans, retransmission en direct pour des centaines de parties civiles, enregistrement des débats pour l’Histoire…) que démocratique.

« Il ne s’agit pas d’un tribunal ecclésiastique, mais d’un tribunal laïque » a très justement rappelé dès le premier jour le président de la Cour d’assises spéciale à un accusé, resté mutique pendant toute l’instruction, et qui, prenant la parole sans qu’elle lui soit donnée, prêche davantage qu’il se défend à l’audience.

La justice n’est pas un spectacle. Elle n’est pas non plus le bras vengeur des victimes contre les accusés. Pas plus qu’une séance de thérapie collective ou de recherche sociologique. Rechercher la vérité et en tirer toutes les conséquences de droit, déterminer les responsabilités de chaque accusé, punir les coupables en individualisant les peines, telles sont les missions de la justice pénale.

Dans un tel procès, réparer les dommages causés par l’infraction aux parties civiles semble être une gageure. Néanmoins, une audience de plusieurs mois permet à chacune de tenter de comprendre les mécanismes de l’horreur, de s’exprimer publiquement si elle le souhaite et d’être reconnue comme victime. Beaucoup de parties civiles dans d’autres procès criminels ont pu dire combien cela les a aidées à supporter leur traumatisme indélébile.

Tout ceci n’est pas vain.

Mais il est inutile d’attendre de la justice davantage que ce qu’elle peut donner : une réponse à une question vertigineuse. Comment des enfants nés et grandis ici, qui sont allés à l’Ecole de la République, ont pu devenir des prédateurs pour leurs pairs dont ils ont déchiqueté les entrailles un certain 13 novembre 2015 ?

Hélène FRANCO

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