De la Sociale à la démocratie

« Ce qui se joue dans la bataille des retraites, c’est la prise de conscience de l’antagonisme des intérêts qui conduit à la conscience de l’antagonisme des classes », nous explique Charlotte Girard dans la Feuille constituante du 9 décembre, en rappelant que « demander la justice sociale, c’est demander la démocratie réelle. »

Des centaines de milliers de personnes ont défilé le 5 décembre en France. Un même jour, une même cause : faire opposition aux assauts répétés contre les droits sociaux du grand nombre et en particulier le droit à la retraite. Ces mêmes personnes poursuivent leur déambulation depuis. Il faut dire qu’elle avait commencé avant. Durant tous ces mois, chaque samedi on marchait. Durant tous ces mois, on a assisté au théâtre d’ombres du Pouvoir avec son lot d’artifices et de mépris : le « Grand débat national », les pseudoprimes, les détournements d’attention autour de la religion des uns contre celle des autres. La déambulation avait donc commencé car la question était toujours la même et demeure sans réponse satisfaisante à ce jour : « Vous, qui nous représentez, que faites-vous de l’intérêt général ? ». Et on commençait à entendre : « Si vous n’en faites rien, alors rendez-nous le pouvoir. » 

Comme chacun sait, l’intérêt général se confond avec celui du grand nombre. Or une réforme des retraites, par définition, concerne tout le monde : les retraités comme ceux qui travaillent. Elle doit donc absolument rencontrer l’intérêt général au risque de se nier elle-même. Pourtant, les concepteurs de cette réforme n’osent même pas l’énoncer précisément tellement ils savent qu’elle heurte l’intérêt de ses destinataires. On a donc une réforme qui au lieu de les servir leur nuira systématiquement et généralement : un vrai contre-sens. Cette fois, tout le monde en a conscience. Les Gilets Jaunes le savent depuis longtemps. Les travailleurs du secteur public sont maintenant confirmés dans la certitude que leur disparition est l’objectif de ce pouvoir là. Les travailleurs du secteur privé finissent par comprendre que leur intérêt de salarié individuel maintenant dépouillé des normes codifiées du travail est trop fragile pour résister à l’intérêt concurrent de leurs directions patronales. 

Ce qui se joue dans la bataille des retraites, c’est cette prise de conscience ; celle de l’antagonisme des intérêts qui conduit à la conscience de l’antagonisme des classes qui les portent. En d’autres termes, c’est la conscience de classe qui pointe dans cette lutte. Et de la conscience de classe à la conscience de sa responsabilité politique qu’on peut aussi appeler citoyenneté, il n’y a qu’un pas. C’est ce que Jaurès explique lorsqu’il compare les revendications sociales aux revendications démocratiques. Car enfin demander la justice sociale, c’est demander la démocratie réelle.

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