Détruire l’indemnisation chômage, un attentat de plus contre la République

Dans la Feuille constituante du 11 novembre, Frédéric Viale montre la dimension constituante de l'assurance chômage, à travers la critique en règle de la réforme qui vise à la détruire.

Frédéric Viale

Le 1er novembre une réforme de l'assurance chômage est entrée en application. Elle est d'une violence inouïe.

Reprenant le bréviaire néolibéral selon lequel il suffirait aux chômeurs de traverser la rue pour  trouver du travail et que les indemnisations chômage sont des incitations à la fainéantise, la réforme va toucher durement ceux qui ont le malheur de n'être pas, un moment de leur vie, les premiers de cordée.

- Acquisition des droits plus difficile (il faudra avoir travaillé pendant six mois sur une période de 24 mois et non plus 4 mois sur 28 mois pour avoir droit au chômage) ;
- suppression du principe du rechargement des droits (il faudra désormais aligner six mois de salariat minimum pour ouvrir de nouveaux droits) ;
- nouvelles règles de calcul des indemnités qui va toucher tous ceux qui ont travaillé de manière discontinue ;
- dégressivité de l'indemnisation des salariés ayant touché un salaire de plus de 4 500 euros brut.

Tout cela a un but : économiser plus d’un milliard d'euros dès 2020, puis 2,2 milliards en 2021 et 2,5 milliards en 2022 ; et une conséquence :  les droits baisseront pour la moitié des 2,6 millions de personnes indemnisées. Quand on sait par ailleurs, que l’exécutif veut aussi réformer les minima sociaux, que cela pourrait aboutir à diminuer les allocations versées aux plus pauvres, il est certain que la pauvreté va s'aggraver en France.

Pourtant, dans la Constitution même est inscrit un principe : « Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence. » Il est donc clair que le gouvernement foule au pied les principes mêmes de la Constitution et qu'il ne se trouve aucune institution pour l'en empêcher. Pourtant, la République n'existe réellement que si elle assure l'exercice des droits, y compris les droits sociaux sans lesquels les droits politiques n'existent pas.

Ce pas de plus dans la destruction de l’État social montre non seulement que nous avons à faire à des dirigeants néolibéraux radicalisés, parfaitement indifférents au sort du peuple mais aussi que nos institutions sont en l'état incapables de les empêcher de nuire.

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