En attendant, la guerre sociale continue

Pour Flavien Chailleux, qui rédige la Feuille constituante de ce 1er juin, « le camp du capital n’a cure des Jours heureux, et même si pour l’instant la réforme des retraites semble être mise de côté, il profitera au maximum du choc Covid-19 pour imposer son agenda de casse de notre modèle social ». « Ne le laissons pas faire : déconfinons la lutte sociale et la colère populaire ! »

À l’heure où le bruit médiatique est au déconfinement, appelant les Français à retourner au travail et à consommer plus que jamais, une nouvelle musique commence à se jouer, celle du « jour d’après » étant déjà oubliée.

En effet, les appels à défaire les 35 heures, en premier lieu dans l’hôpital public, se font de plus en plus entendre. Alors que le personnel soignant exprime sa souffrance depuis plus d’un an, au lieu de l’entendre et de répondre aux demandes d’augmentation du nombre de personnels hospitaliers, les gros malins du capital nous ressortent le coup des 35 heures « comptables de tous les maux de l’hôpital » - les politiques de casse de l’hôpital public n’ayant jamais eu lieu… Leur objectif étant, bien sûr, d’étendre cette proposition de suppression des 35 heures à l’ensemble du monde du travail, et ceci dans le seul but de faire disparaître les majorations de salaire qui s’appliquent aux heures supplémentaires et de supprimer les RTT de ceux qui en bénéficient.

Le camp du capital et sa ministre du travail et des dividendes n’ont pourtant pas attendu le déconfinement pour pousser leur avantage. Le 25 mars, à la va-vite et sans concertation, Emmanuel Macron, Édouard Philippe, Muriel Pénicaud et Didier Guillaume signaient l’ordonnance n° 2020-323. Cette dernière permet aux employeurs d’imposer et fixer unilatéralement les dates de congés et de repos. Elle s’attaque également, dans de nombreux secteurs économiques, aux durées maximales de travail effectif autorisées. Elle porte ainsi la durée quotidienne autorisée à 12 heures contre 10 auparavant, la durée hebdomadaire maximale étant quant à elle repoussée à 60 heures quand elle était, sauf dérogation, de 48 heures, et diminue la durée du repos quotidien minimal à 9 heures contre 11 auparavant. 

Si les effets de l’ordonnance doivent prendre fin le 31 décembre 2020, rien n’assure que Macron ne décide pas de la prolonger.

Mais les attaques ne s’arrêtent pas au droit du travail, elles visent également l’assurance-chômage. Alors mêmes que les premiers chiffres du chômage post-confinement tombent et sont d’ores et déjà catastrophiques, plus de 1 million de chômeurs supplémentaires en deux mois de confinement (sic !), alors que des plans de licenciement massifs s’annoncent ou sont déjà à l’œuvre comme chez PSA, et que le taux de chômage a déjà probablement dépassé les 10 %, Emmanuel Macron et sa ministre du travail ont exclu tout abrogation du premier et second volet de la réforme de l’assurance-chômage qui vise une réduction de 1,3 milliard d’euros des dépenses. Après avoir réformé la durée minimale de travail pour l’ouverture des droits, en passant de 4 mois travaillés sur les 28 derniers mois à 6 sur les 2 dernières années, et de ce fait supprimé à des centaines de milliers de personnes leur droit à allocation, tout en réintroduisant l’idée de dégressivité des allocations chômage, le pouvoir continue sa casse de l’assurance-chômage en changeant le mode de calcul des allocations à partir du 1er septembre. Ainsi, le salaire journalier de référence, qui sert de base au calcul de l'allocation chômage, sera calculé non plus sur les jours travaillés dans les 12 derniers mois, mais sur un revenu moyen mensuel. Selon l’Unedic, ce changement de calcul implique une baisse de 22 % du montant des allocations pour près de 850 000 chômeurs et bientôt beaucoup plus.

Nous le voyons, ici, le camp du capital n’a cure des « Jours heureux », et même si pour l’instant la réforme des retraites semble être mise de côté, il profitera au maximum du choc Covid-19 pour imposer son agenda de casse de notre modèle social. Ne  le laissons pas faire : déconfinons la lutte sociale et la colère populaire !

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