Et si le bloc élitiste se disloquait ?

Dans la Feuille constituante du 3 février, Manon Milcent note que, de la majorité à l'Assemblée nationale jusqu'au Medef, le bloc élitiste se fracture. Et juge nécessaire que l'opposition à l'entreprise de casse de la société reste unie, pour se donner une chance de renverser le sens du jeu.

Après plus d’un an de mobilisations des Gilets Jaunes, le gouvernement a réussi l’exploit de mettre dans la rue des personnes qui ne s’étaient pas encore mobilisées, ou à de rares exceptions près. Avocats, pompiers, enseignants, personnels hospitaliers, cheminots, étudiants, universitaires… Toute l’opposition est désormais solidaire de la protection de la retraite, bien sûr, mais aussi des services publics, et plus généralement pour un modèle de société que le président et le gouvernement s’évertuent à détricoter morceau par morceau.

Mais jusque là, le bloc macroniste semblait uniforme, répondant aux polémiques et aux invectives de l’opposition d’une seule et même voix, continuant coûte que coûte leur entreprise de démolition du code du travail, de l’école, de l’université, des hôpitaux, de la sécurité. En somme, de tout ce qui faisait la France. Depuis quelque temps, cependant, une brèche s’est ouverte à l’intérieur même du parti présidentiel. Il faut dire qu’il n’est pas simple d’allier des personnalités avec des idées et des passés différents, pour en faire uniquement des députés godillots, qui obéissent au doigt et à l’œil au président de la République. Entre les anciens élus venus du Parti socialiste, les anciens briscards centristes et les petits nouveaux, la fracture semble de plus en plus être consommée.

Les prémices de cette cassure datent de la loi sur l’immigration, votée en aout 2018. Des critiques s’élèvent alors des bancs de la majorité contre cette loi souvent jugée d’inhumaine et répressive, permettant en effet l’emprisonnement des enfants. Une contestation qui va ensuite se poursuivre sur la question du Ceta, puis sur le glyphosate, qui ont poussés certains députés à lâcher leur étiquette pour dénoncer l’inaction gouvernementale face à la question climatique. Plus récemment, depuis la crise des Gilets Jaunes et la mobilisation contre la réforme des retraites - qui, il faut le rappeler, est la plus longue de l’histoire - la majorité reste totalement de marbre à toute critique et opposition. Seulement, à l’arrivée de la prochaine élection électorale, elle semble de plus en plus divisée, non pas sur le fond, mais sur la forme.

Pour les dissidents, qui ne souhaitent pas soutenir le candidat de la majorité, comme c’est pas exemple le cas à Paris avec les deux candidats macronistes Griveaux et Villani, c’est le renvoi immédiat. Plus encore, c'est le bloc élitiste qui se fissure, laissant apparaître frontalement les failles jupitériennes. Le Medef, syndicat de patrons, réputé proche des idées macroniennes, a doublé par deux fois le président par sa gauche. Les ministres désertent le gouvernement et reviennent à leurs moutons locaux. Ça n'est pas seulement le monde institutionnel qui tourne le dos à l'exécutif; c'est l'ensemble des composantes du monde qui a mené Macron au pouvoir. Dans ce monde, à l’image de ce qu’il se passe dans la rue, c’est « obéis et tais-toi ».
Et si le moment était venu de faire tomber la monarchie macronienne ? Devant ce naufrage programmé, il est primordial de rester soudés, unis, pour enfin pouvoir renverser le sens du jeu.

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