Examen de la retraite à points au Parlement : modifions le scénario

Dans la Feuille constituante du 17 février, premier jour de l'examen de la retraite à points à l'Assemblée nationale, Alphée Roche-Noël dénonce une réforme illégitime sur le fond comme sur la forme.

Ce 17 février, l’Assemblée nationale commence l’examen du projet de réforme des retraites. Cet exercice est un simulacre de démocratie. Initié par le président, le texte devra, pour être adopté, être conforme à la volonté du président.
C’est d’ailleurs le lot de tous les projets de loi, dans une république monarchique où le parlement n’est pas un authentique législateur, mais un simple démembrement du « corps du roi », au même titre que les ministres nommés par lui.

Des débats dans l’hémicycle il n’y a rien à attendre. Sans doute on entendra de belles tirades de l’opposition, et il faut rendre hommage aux député·e·s et à leurs assistant·e·s qui ne compteront pas leurs heures pour retarder le rouleau compresseur de l’exécutif. Voilà à quelle extrémité notre « démocratie » est réduite : des représentants obligés de mener une guérilla d’amendements face à la majorité pléthorique installée dans la foulée de l’élection présidentielle et face aux mécanismes sournois du « parlementarisme rationalisé » dont le 49.3 n’est que l’arme la plus visible.
Certes, il se murmure que des voix discordantes pourraient se faire entendre chez LREM. Mais quand bien même ces parlementaires élus pour être des factotums de M. Macron auraient le cran de sortir du rang, ils ne seraient pas assez nombreux pour faire varier d’un iota le résultat final.

Ne nous laissons donc plus mystifier par ce théâtre d’ombres. Plutôt que de regarder en simples spectateurs une pièce sans cesse rejouée, il est temps d’en modifier le scénario : en réfutant la légitimité de cette majorité à légiférer en contradiction avec la promesse présidentielle de ne toucher ni à l’âge de départ en retraite, ni au niveau des pensions ; en réfutant son droit de faire pièce au contrat social alors que son élection en 2017 n’est due qu’au contexte d’un second tour contre le Front national ; en réfutant surtout la personnalisation du pouvoir produite par les institutions de la Ve, au détriment de la représentativité et de la délibération qui sont les fondements de toute démocratie authentique.

Le combat engagé le 5 décembre dernier, qui s’inscrit dans le prolongement du surgissement des gilets jaunes, se poursuit en ce 17 février : même maquillée en loi, la réforme de M. Macron n’en demeure pas moins injuste sur le fond et illégitime sur la forme.

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