Face à la crise écologique, le projet républicain est-il encore pertinent ?

Plaçant au cœur la question démocratique et sociale, le projet républicain n’a que trop peu considéré la question écologique. L’agroéconomiste Romain Dureau interroge sa pertinence au regard des enjeux environnementaux.

Face à la crise écologique, le projet républicain est-il encore pertinent ?

La crise écologique pose aujourd’hui la question des communs et des échelles d’action efficaces pour mener le combat contre un possible effondrement de l’unique écosystème permettant la vie humaine. Cette radicalité dans le changement de nos modes de vie interroge de fait le partage des ressources, finies, et des richesses, limitées, au sein de la société. Elle interroge la place des communs dans les choix politiques.

Dès 1793, la République proclame la commune comme cellule de base de la démocratie et souhaite que le Peuple puisse y exercer pleinement et librement sa souveraineté. Des mécanismes de débat des lois nationales sont proposés à l’échelle de la commune. La proximité géographique crée de fait une forte interrelation entre citoyens, puis entre les citoyens et leurs représentants élus : un intérêt local dans le développement de la cité et le choix démocratique existe donc de manière très sensible.

Mais de cet intérêt local peut-il découler un intérêt général ? C’est en tout cas l’ambition du projet républicain. Par-delà les individualités, il s’agit de construire le bonheur commun. La crise écologique nous rappelle l’existence d’un intérêt général humain qui supplante l’ensemble des intérêts particuliers. Cette conscience écologique est une conscience des communs, et donc de la Res publica, la chose commune. Cette interrelation entre les citoyens existe non seulement politiquement et socialement, de manière consentie et construite, mais aussi, et plus basiquement, car nous respirons le même air, buvons la même eau, devons compter sur la même terre pour nous nourrir. Le changement climatique est global et concerne chaque être humain sur cette Terre. Nul ne pourra tirer seul son épingle du jeu lorsque le climat sera détraqué, l’air irrespirable, l’eau imbuvable, les sols improductifs. Le mythe du « self made man » à l’américaine, clé de voûte du projet libéral, en prend un coup. Face à ces urgences, la commune apparaît encore à de nombreux égards comme l’échelon de la souveraineté démocratique, de la souveraineté alimentaire, de la transition énergétique, etc. Par exemple, un projet de relocalisation de la production alimentaire n’a de chance d’aboutir que s’il est porté par la commune et ses citoyens. Écologie et souveraineté sont indissociables.

L’urgence écologique renforce donc la pertinence et la puissance du projet républicain. Ce projet s’exprime par la mise en place de règles communes et collectivement consenties : la Constitution. La Constitution de la Ve République débute ainsi : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. » Les initiatives appelant à une « une constitution écologique » se multiplient depuis plus d’un an. Le fait que notre constitution ne considère pas la préservation de notre écosystème comme un élément fondateur du pacte républicain, malgré la charte de l’environnement adoptée en 2005, montre que la République est bel et bien inachevée, et que le projet républicain, bien que d’une extrême actualité, mérite d’être refondé. A l’heure où l’urgence écologique prend une place fondamentale dans les esprits et les consciences, il est criant de voir le décalage entre les aspirations et revendications citoyennes et les décisions politiques. C’est un nouvel exemple des défaillances des institutions de la Ve République, qui produit des dirigeants hors sols et plus occupés à assurer leur réélection – à court terme – qu’à mener une politique d’intérêt général – sur le long terme.

Cette refondation du pacte républicain appelle un large et fondamental processus constituant, face à la décomposition avancée de notre démocratie. C’est ce processus constituant, rebâtissant du commun là où le libéralisme ne laisse que des ruines et des divisions, que Les Constituants se proposent de défendre. La commune, parce qu’elle concerne notre environnement proche et notre quotidien immédiat, peut-être, comme dans les débuts de la République, le support de ce processus : vive la commune pour que vivent les communs !

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