Face au covid-19, reprenons nos droits politiques

S'il y a une chose qu'on ne pourra pas nous interdire à l'issue de la crise sanitaire, affirme Alphée Roche-Noël dans la Feuille constituante de ce 13 avril, c'est d'exiger des comptes. Et s'il y a une leçon qu'il nous faudra tirer de cette crise, c'est de ne jamais plus nous départir de notre pouvoir de contrôle démocratique. 

Nous étions confinés depuis un mois ; nous nous apprêtons à l'être pour plusieurs semaines encore. Pour celles et ceux qui vivent isolés ou trop nombreux dans de petits appartements, pour les plus pauvres d'entre nous, pour les travailleuses et travailleurs qui affrontent seuls le monde du dehors et ses dangers, la nouvelle est d'une violence implacable. 
Malgré ces difficultés, sans doute sommes-nous prêts à supporter encore un peu de ce régime pour lutter contre l'épidémie de covid-19.
Nous devrions cependant conserver le droit d’en discuter le principe, les modalités et la durée. 

La situation exige-t-elle une mesure aussi coercitive ? Une politique de dépistage systématique, associée à des mesures prophylactiques rigoureuses, ne permettrait-elle pas d'envisager rapidement un déconfinement par classe d'âge ? 
Telles sont les questions que nous pourrions poser, parmi beaucoup d'autres, si nous vivions dans une démocratie digne de ce nom. Oui mais voilà, en France, on peut, sur le fondement d'un simple décret (autant dire d'un mot griffonné sur un coin de table!), prendre et reconduire sans discussion des décisions aussi graves pour la vie d'une nation. Et par-dessus le marché, se payer le luxe d'un simulacre de débat parlementaire, pour faire voter le principe d'un mouchard numérique qui renseignera l'État sur nos fréquentations.  

L'heure est trop grave pour ergoter, nous dit-on. Les mêmes qui ont convoqué 47 millions d'électeurs aux urnes en pleine épidémie, exposant plus particulièrement un demi-million au moins de présidents, assesseurs, scrutateurs et employés de mairie au coronavirus, les mêmes qui nous ont dit que les masques étaient inutiles et veulent désormais les rendre obligatoires, les mêmes qui ont sacrifié notre système de santé, ne craignent pas de nous tenir pour responsables des morts qui jonchent les hôpitaux et les ehpad. 
Mais s'il y a une chose qu'on ne pourra pas nous interdire, c'est d'exiger des comptes. Et s'il y a une leçon qu'il nous faudra tirer de cette crise, c'est de ne jamais plus nous départir de notre pouvoir de contrôle démocratique. 

À aucun prix le renforcement de la puissance publique ne doit se traduire par une réduction de nos droits politiques. Au moment où on parle de relance budgétaire, de mesures sociales, de nationalisations voire de relocalisations, au moment où l'État, ce monstre froid, se fait plus intrusif, il nous faut des instruments pour reprendre la direction de la société, que nous avions imprudemment laissée à une bande de comiques troupiers. En réclamant le RIC, les gilets jaunes avaient affirmé la nécessité d'une révolution citoyenne ; pour préparer l'avenir, pour éviter le pire, c'est ce combat qu'il nous faut reprendre dès à présent. 

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