La casse des retraites, ou l’effondrement démocratique

Dans la Feuille constituante du 4 novembre, Romain Dureau fait valoir que la casse des retraites est non seulement une attaque antisociale contre les droits des travailleurs, mais le symbole de l’effondrement démocratique, comme l'avait été le piétinement du « NON » au TCE en 2005.

Ah, les retraites : le couronnement d’une vie de labeur pour les travailleurs, la bête noire des libéraux. Et pour cause : en 1945, avec la Sécurité sociale, c’est le système de retraite par répartition qui est conforté. Prime alors la solidarité, notamment intergénérationnelle : chacun cotise selon ses moyens au pot commun, les actifs cotisant pour les retraités. En 1982, les droits des travailleurs progressent : ils peuvent partir à la retraite à 60 ans, pour 37,5 annuités cotisées et au taux plein de 50 % du salaire annuel moyen calculé sur les 10 meilleures années.

Cette marche du progrès social a été stoppée depuis les années 1990 : pour les néolibéraux, c’est haro sur les retraites ! Dans les classiques, on retrouve le « on vit plus longtemps, il faut travailler plus longtemps », mais aussi l’indémodable « les retraites nous coûtent trop cher ». Résultat : entre 1993 et 2014, l’âge légal de départ à la retraite a été repoussé de 2 ans (62 ans), la durée de cotisation allongée de 5,5 ans (43 annuités) et la pension est désormais calculée sur les 25 meilleures années. En guise de conséquence du génie libéral à l’œuvre : l’explosion du chômage chez les jeunes et les séniors, mais aussi une précarité accrue chez ces populations.

Attendez, ce n’est pas fini : le président Macron va plus vite, plus loin, plus fort, en s’attaquant à la logique même de la répartition : son « projeeeeeet », c’est la retraite par point, porte ouverte à la capitalisation, système profondément inégalitaire. Aucun accident de la vie (chômage, invalidité, grossesse ou autre) ne serait pardonné, la pension étant calculée sur l’ensemble de la carrière. Exit la « sécurité » sociale !

La casse des retraites est en marche depuis près de 30 ans. C’est une attaque antisociale contre les droits des travailleurs, mais c’est aussi devenu, à l’instar du piétinement du « NON » au TCE de 2005, le symbole de l’effondrement démocratique. En 2010, alors que la réforme Woerth était en débat, d’importantes mobilisations sociales et syndicales revendiquaient l’abandon de ce projet de loi. N. Sarkozy n’a rien cédé, et sa réforme a été adoptée. F. Hollande puis E. Macron ont profité de ce précédent antisocial et antidémocratique pour passer eux aussi en force, notamment sur la casse du Code du travail.

Les retraites sont devenues le nom de l’injustice sociale mais aussi de l’effondrement démocratique : la volonté du Peuple et ses aspirations sont piétinées, ensemble et d’un seul coup. Nous devons réaffirmer ce qui fait sens pour le plus grand nombre : la solidarité. Nous devons défendre le système de retraites par répartition, au nom de la justice sociale. Que le 5 décembre 2019 donne à voir la beauté d’un Peuple libre et déterminé à défendre le ciment solidaire de la République !

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