La Feuille constituante du 09.09.2019

Chaque semaine, la Feuille constituante chronique l'actualité politique et lui donne une dimension constituante. Ce 9 septembre, Manon Le Bretton fustige un personnel politique et médiatique qui incarne « les structures monarchiques d’une 5e République ultra-verticalisée et toujours plus propice au retranchement des "élus" ».

Les Constituants

Alors que la rentrée politique bat son plein, et tandis que se profile une série de mobilisations sociales dont aucun secteur ne semble exclu, il y a quelque chose de sidérant à constater la déconnexion abyssale qui frappe la sphère politico-médiatique. Il suffit de parcourir les grands titres dans la presse : en guise de ligne politique présidentielle, on nous vante les mérites du nouveau conseiller en communication d’Emmanuel Macron ; les municipales se résument au duel « fratricide » (car il faut bien dramatiser un peu) Griveaux/Villani pour briguer la mairie de Paris, et aux velléités frondeuses de quelques marcheurs exigeant leur part du butin ; et en guise de dissident, on trouvera l’éternel François Bayrou, qui, apprend-on, a l’outrecuidance d’afficher son soutien à un juppéiste pour Bordeaux, plutôt qu’au poulain de l’écurie LREM. Bref : à l’heure où 88 % des Français déclarent ne pas faire confiance aux partis (sondage BVA, juin 2019), la confusion est totale entre actualité politique et petite agitation interne des partis – quand elle ne se réduit pas à la vie du parti. L’entre-soi engendre l’entre-soi.

C’est dire si le logiciel de ce qu’on nomme si bien la classe politique, dans laquelle il faut inclure une bonne partie du monde médiatique, refuse la mise à jour qu’exige le moment politique. Et après tout, on ne devrait pas en être surpris : toutes les structures institutionnelles et culturelles, les concepts qu’elles produisent, œuvrent à confondre démocratie et délégation de souveraineté.  Dès lors il va de soi que les derniers à prendre la mesure de la révolution qui s’opère dans la société, les derniers à en tirer les conclusions, seront ceux qui sont entièrement pris dans cette glu intellectuelle.

Ce qu’incarne obstinément ce personnel politique et médiatique, ce sont les structures monarchiques d’une 5e République ultra-verticalisée, et toujours plus propice au retranchement des « élus » (mais par qui?) vis-à-vis des citoyens. Tous les corps intermédiaires de représentation – partis, syndicats – auront contribué de gré ou de force à faire écran entre les premiers et les seconds. Mais l’élan populaire tenace qui s’est donné à voir avec les Gilets Jaunes montre à quel point ce constat fait consensus en dehors d’une petite sphère politique auto-centrée et obsédée par le court-terme de sa réélection. Et tandis que les premiers de cordée n’en finissent plus de décider qui aura le haut de l’affiche dans ce théâtre d’ombres déserté par les spectateurs, au dehors, le processus constituant a déjà commencé à penser un contrat social qui permettra aux citoyens de reprendre la main – sans craindre de s’inscrire dans un temps plus long.

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