La Feuille constituante du 21 octobre

Pour Manon Le Bretton, partout où le service public ne peut plus être assuré correctement, les agents doivent pouvoir alerter efficacement, par l'exercice du droit de retrait, pour défendre les usagers.

Les Constituants

Droit de retrait et devoir d'alerte

Depuis vendredi, les cheminots ont décidé d’exercer leur droit de retrait, suite à un accident de TER dans les Ardennes survenu deux jours plus tôt : onze blessés dont le conducteur, qui, étant le seul agent SNCF à bord, a dû porter secours aux passagers et assurer la signalisation des abords du train. C’est l’Equipement Agent Seul, dénoncé de longue date par les conducteurs de TER, qui justifie l’absence de contrôleurs dans la rame. Or le manque récurent de personnel qualifié, que ce soit à bord des trains ou sur les chantiers et l’entretien des voies, a souvent été pointé parmi les causes d’accidents, parfois tragiques, survenus ces dernières années : l’enquête menée suite au tragique accident de Brétigny (7 morts et 30 blessés graves en juillet 2013), pointe la responsabilité de la direction nationale de la SNCF sur le non-recrutement de personnels de maintenance. Manque de personnel sur lequel avaient alerté à plusieurs reprises les directions régionales, en vain.

En face, le gouvernement, Édouard Philippe en tête, dénonce un « détournement du droit de retrait »par les agents SNCF. Comme toujours, la bataille se joue dans la définition des concepts. Mais, tout premier ministre qu’il est, il n’appartient pas à Monsieur Philippe de requalifier le droit de retrait en grève sauvage ; et les inspecteurs du travail consultés sur la question ont quant à eux invité la direction de la SNCF à « la plus grande prudence » concernant son projet de sanctions contre les conducteurs.

Quoi qu’il en soit, cette affaire fait apparaître une dimension particulière, une dimension constituante, s’agissant d’un service public : en exerçant leur droit de retrait, les cheminots entendent assurer non seulement leur propre sécurité au travail, mais aussi celle des usagers. Certes, le mieux serait que les conditions soient réunies pour assurer l’entretien des voies et la sécurité des agents et des passagers. Mais c’est aussi en élargissant le droit de retrait à un droit d’alerte qu’on contraindra au respect des missions de service public. Et cela pourrait aller bien au-delà des transports : dans les services hospitaliers, où le manque de lits et de personnel empêche de soigner les patients ; dans les écoles aux classes surchargées, dans lesquelles il devient impossible d’accompagner les élèves ; partout où le service public ne peut plus être assuré correctement, les agents doivent pouvoir alerter efficacement, pour défendre les usagers.

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