La Feuille constituante du 30.09.2019

Chaque semaine, la Feuille constituante chronique l'actualité politique. Dans ce numéro, Frédéric Viale compare le déferlement médiatique autour de la mort de l'ancien président Jacques Chirac à l'affliction suscitée par la mort du monarque sous l'Ancien Régime.

Les Constituants

Mort d'un président, mort d'un monarque

Le déferlement médiatique qui a suivi l'annonce du décès de Jacques Chirac ne peut que nous étonner : le voilà transformé en homme d’État aux dimensions titanesques alors qu'il fut surtout un politicien habile, rusé, chaleureux et tout terrain hésitant rarement sur les moyens de se maintenir au pouvoir.

C’est oublier bien vite les reniements innombrables, les barbotages financiers, les condamnations, toutes celles qui ont été évitées par ruse, le rôle précis dans l'affaire Boulin, la Françafrique et la spoliation de peuples sur des décennies, les Pasqua et les Foccart, la casse des services publics et celle de la protection sociale, la grotte d'Ouvéa et ses morts entre deux tours d'une présidentielle incertaine, pour ne retenir que le refus de l'engagement de la France en Irak et la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans la Rafle du Vél’ d’Hiv’, moments où, incontestablement, Jacques Chirac a su incarner la grandeur de la France.

Au-delà de ce que nous pouvons penser du personnage, attardons-nous un instant sur ce que la mobilisation des médias indique sur l'état de notre démocratie.

Assistons-nous à la mort d'une personne, quelle qu'elle soit, avec ses défauts, ses qualités, ou à celle d'un homme qui n'en est plus vraiment un ? La capacité des chaînes d’information à présenter un non-événement comme un moment historique est admirable.
Cette affliction médiatique rappelle irrésistiblement la mort du roi d'Ancien Régime – en pire, les moyens de communication modernes étant largement plus efficaces. Et nul ne songe à s'étonner tant nous avons pris l'habitude non pas seulement du crétinisme médiatique mais de l'ancrage dans nos esprits d'une représentation archaïque du chef d’État, être providentiel et forcément exceptionnel.

Les institutions actuelles maintiennent nos représentations politiques qui voient le peuple en éternel mineur voué à désigner périodiquement son maître puis à le pleurer abondamment quand il lui arrivera de disparaître. Sous la 5e République, le peuple est un petit enfant qui fait absolument confiance à son papa ou sa maman et qui le pleure quand il s'en va.

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