La loi de programmation de la recherche ou la mise au pas des chercheurs et étudiants en France

« En République, la visée émancipatrice de l’instruction publique dès le premier degré d’enseignement ne saurait être prolongée autrement que par une recherche publique, organisée et financée dans un cadre institutionnel national, libre et indépendante, respectueuse des règles méthodologiques mais critique par essence », écrit Nicolas Guillet dans la Feuille constituante du 16 novembre, en réponse aux attaques du gouvernement contre l'université.

Avant même sa discussion, la loi de programmation de la recherche 2021-2030 était déjà unanimement critiquée du fait qu’elle ne répondait pas aux exigences d’un service public de l’enseignement supérieur et de la recherche. Au fond, elle s’inscrivait dans le mouvement engagé depuis au moins quinze ans, tous gouvernements confondus : affaiblissement financier des universités, mise en concurrence des chercheurs et équipes de recherche, mise en marché de l’enseignement supérieur dont Parcoursup est le symbole, dégradation des conditions de travail des personnels, concentration du pouvoir dans les mains des présidents d’universités.

Mais les deux dernières semaines ont montré que le pire n’est jamais loin. Après les attaques du ministre Blanquer contre les chercheurs prétendument « islamo-gauchistes », les sénateurs ont introduit, avec la bénédiction du gouvernement, quatre dispositions inédites : l’une assignant les chercheurs « au respect des valeurs de la République » ; une autre écartant le Conseil national des universités des procédures de recrutement des enseignants-chercheurs et déployant le projet de remise en cause de leur statut de fonctionnaire ; la troisième destinée à sanctionner pénalement (délit) toute intrusion ou occupation dans les facultés. Si la première a disparu à l’occasion de la commission mixte paritaire, toutes en disent long de la vision néo-libérale et autoritaire de l’université portée par Macron.

Désormais, le monde scientifique doit s’apprêter à vivre de nouvelles féodalités, faites de soumissions et vassalités – aux pouvoirs économiques dans la détermination des sujets de recherche, aux désirs présidentiels et influences des mandarins pour les recrutements – mais aussi d’une docilité des étudiants auxquels certaines formes de contestation librement déterminées sont interdites. Cette volonté de caporaliser la recherche et la jeunesse s’inscrit dans une longue marche qui, de l’écrasement de la révolte des gilets jaunes à la dissolution de toute action sociale revendicative dans la gestion de l’épidémie de Covid19, vise la mise au pas de la société civile. L’insistance de la ministre Vidal dans les débats parlementaires sur l’« obéissance » et la « loyauté » des fonctionnaires, ou encore la disposition législative imposant une prestation de serment lors de la soutenance de thèse de doctorat, sont encore révélatrices.

Pourtant, en République, la visée émancipatrice de l’instruction publique dès le premier degré d’enseignement ne saurait être prolongée autrement que par une recherche publique, organisée et financée dans un cadre institutionnel national, libre et indépendante, respectueuse des règles méthodologiques mais critique par essence.

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