La semaine décisive

Dans ce Point de vue constituant, Hélène Franco résume le projet de retraite à points du gouvernement : une paupérisation programmée. Et appelle à ne pas laisser retomber la température sociale alors que s'engagent les mobilisations des 9 et 11 janvier.

Il n’y a pas eu de trêve. L’année 2020 commence ainsi que 2019 a fini: la lutte sociale des secteurs professionnels les plus organisés, soutenue par une large majorité du peuple français, répond à des attaques d’une violence inédite contre notre système social.

La bataille pour le retrait du projet de retraite à points est évidemment emblématique de l’antagonisme entre l’intérêt général et les intérêts privés d’une caste de privilégiés. Les rapaces de la Finance, dont Black Rock est devenu le symbole, planent au-dessus des 5 000 milliards d’épargne populaire des Français. Cette épargne de précaution sert trop peu à leur goût à boursicoter. Il s’agit donc pour eux de plonger les travailleurs actifs dans l’incertitude sur le montant de leur retraite (puisque la valeur du point sera soumise à des paramètres variables) et sur la possibilité même de prendre un jour sa retraite (puisque le système de bonus/malus avec l’âge pivot de 64 ans retardera mécaniquement l’âge de départ de beaucoup de gens). Le calcul sur l’ensemble de la carrière et non plus sur les 25 meilleures années achèvera cette paupérisation programmée, poussant celles et ceux qui pourront se le permettre à se constituer une épargne-retraite en puisant dans leur « bas de laine ». 

Car la retraite à points, loin d’harmoniser les situations, c’est d’abord le règne du chacun pour soi : qui n’aura pas assez de points et n’aura pas pu épargner n’aura à s’en prendre qu’à lui-même.

Après plus d'un mois de grève dans les transports publics, la défaite n'est pas envisageable, sauf à se résoudre à la défaite du mouvement ouvrier comme Margaret Thatcher l'a fait en 1984 en brisant la grève des mineurs. Il faut donc tout faire pour étendre le mouvement à un maximum de secteurs professionnels lors des rendez-vous déjà fixés, les 9 et 11 janvier.

Que Macron et Philippe soient contraints de reculer et de retirer leur projet scélérat serait une victoire qui s'inscrira dans les belles heures de l'histoire populaire de la France et résonnera au-delà de nos frontières. Il sera alors possible de faire entendre avec plus de force qu'un changement de système politique et économique s'impose ; qu'alors que chaque Français travaillait en moyenne 9 jours par an pour rétribuer les actionnaires il y a 40 ans, est contraint d'y consacrer aujourd'hui 45 jours ; que l'objectif de produire plus et consommer plus, n'importe quoi, n'importe comment, n'est plus soutenable ; que si notre système social doit évoluer, c'est en prenant en compte les gains de productivité et les progrès technologiques qui offrent des financements supplémentaires pour consolider la solidarité nationale ; que le droit au bonheur est le seul projet politique sérieux capable de nous permettre de refaire société.

Aucun changement de régime politique en France n'a jamais eu lieu à froid, à l'issue de discussions de salon, mais toujours à l'issue d'événements historiques majeurs, exogènes au cénacle du pouvoir institutionnel.
Le mouvement des Gilets Jaunes marquait il y a plus d'un an le retour du peuple comme acteur de son destin. Le mouvement social actuel en est le prolongement et lui doit beaucoup.
Comme le dit la chanson, « Battons le fer quand il est chaud ». La température sociale monte, ne la laissons pas retomber!

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