L’arbre Delevoye

Pour François Cocq, qui a rédigé la Feuille constituante du 16 décembre, l’affaire Delevoye n’est pas simplement l’affaire de Delevoye, mais un effet de système. Macron et le gouvernement s’enferrent dans la spirale destituante qui a déjà envoyé par le fond l’ancien monde dont ils sont eux-mêmes issus.

Le Haut commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye a donc été pris la main dans le sac. Les sacs plutôt. Ceux qu’il encaisse en siégeant dans les diverses hautes instances de groupes, de fondations ou de think tank au sein desquelles la caste pratique l’entre-soi. Ces alcôves où les décisions qui vont définir le quotidien de dizaines de millions de citoyens sont soustraites à leur vue pour être soumises aux intérêts privés et voraces de délinquants démocratiques qui agissent en bande organisée.

Car ce dont témoigne avant tout l’épisode Delevoye, c’est que lui et les autres ont à ce point investi un monde parallèle qu’ils ne perçoivent plus même en quoi la collusion d’intérêts qu’ils véhiculent participe d’un effet de système. Dans le cas de Delevoye, que le Haut commissaire aux retraites  siège au conseil d’administration d’un fond assurantiel, l’IFPAS, moyennant une rétribution mensuelle de plus de 5000 € est bien sûr moralement inacceptable. Mais cela l’est aussi juridiquement et même constitutionnellement ! 

Dès lors, l’affaire Delevoye n’est, on le voit, pas simplement l’affaire de Delevoye. La démission, nécessaire, de celui-ci, est insuffisante. Pour le moins, l’exécutif devrait prendre ses responsabilités et retirer au Haut commissaire sa charge eu égard aux conflits d’intérêts passés et présents. 

Étonnamment rien ne vient. Et pourtant Macron et Philippe savent. Et depuis longtemps. Le secrétariat général du gouvernement a ainsi reçu un double de la déclaration d’intérêts de Delevoye lors de son entrée au gouvernement. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a reçu la déclaration de Delevoye le 15 novembre mais ne l’a rendue publique que le 7 décembre. Après l’affaire Benalla, l’affaire Delevoye entache une fois encore les pratiques de réseaux et copinage de la macronie.

À l’heure où, partout dans le pays, se saisissant du symbole constituant que représentent les retraites solidaires et par répartition, les Françaises et les Français clament leur aspiration, que dis-je, leur besoin de refaire société, le gouvernement et Macron s’enferrent, eux, dans la spirale destituante qui a déjà envoyé par le fond l’ancien monde dont ils sont eux-mêmes issus. Ainsi vont les moments de basculement, quand pour goûter à nouveau au bonheur collectif, il faut s’affranchir de ceux qui nous l’avait dérobé.

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