Le coronavirus, révélateur du délitement européen

La crise du coronavirus montre une fois de plus l'Union européenne pour ce qu'elle est : un marché, pas un lieu de solidarité entre les peuples, affirment d'une seule voix Gwénolé Bourrée et Frédéric Viale, dans la Feuille constituante du lundi 6 avril, critiquant l'absence d'aide des pays du nord à l'égard de ceux du sud et le refus des premiers de créer des coronabonds.

La crise du coronavirus montre une fois de plus l'Union européenne pour ce qu'elle est : un marché, des institutions où s'expriment des rapports de force entre États membres, pas un lieu de solidarité entre les peuples.

Alors que la crise touche de plein fouet les pays du sud de l’Europe (Italie, France et Espagne), les pays du nord comme l’Allemagne et les Pays-Bas refusent toute assistance européenne.
Alors que les décisions de confinement mettent les économies à l'arrêt, les pays du nord refusent toujours d’apporter d’autre solution que la politique de rigueur qui avait été renforcée après 2008. Le premier ministre italien et même Emmanuel Macron en ont appelé à plus de solidarité... sans réponse.

L’ordolibéralisme est bien présent et nul ne semble prêt en Allemagne et surtout maintenant aux Pays-Bas pour autre chose. Cela se traduit par exemple par le refus conjoint des deux pays à accepter la mise en place des ​coronabonds ​qui seraient des emprunts communs aux 27. D'une part, l'idée de faire un emprunt conjoint est une vieille recette qui passe par un accroissement de la dette publique, et pas par une création monétaire dont ne veut à aucun prix la dogmatique BCE (ainsi que Christine Lagarde vient de la rappeler abruptement), mais même cette vieille recette est encore trop aventureuse pour les ordolibéraux qui, de fait, dirigent l'Union européenne. Quel contraste avec la solidarité hors UE ! Les Cubains envoient des médecins partout dans le monde au nom d’un internationalisme médical. L’Italie a eu du mal à voir l’aide de l’UE alors même que Cuba, la Chine et la Russie envoient du secours.
Conséquence, 88% des Italiens considèrent que l’UE ne les aide pas.
Qu’en sera-t-il de la France ou de l’Espagne quand ces pays auront potentiellement atteint, avec du retard, la situation italienne?
Et lorsque le virus touchera sans doute les pays du sud dont le continent africain, serons-nous alors prêts au niveau européen à contribuer à cette aide internationale et à aider des pays dont on sait les systèmes de santé défaillants en temps ordinaire ?

L’incapacité de l’Union européenne à organiser une solidarité minimale montre sa véritable nature : un projet idéologique, celui du marché et de la concurrence ​über alles​, incapable de privilégier les dépenses socialement utiles au lieu du respect des règles de déficit. Quand les citoyens meurent, quelle plus grande absurdité que de se soucier de dépenses publiques trop élevées ? Pourtant Emmanuel Macron se risque à en appeler à la « souveraineté européenne ». Mots creux : il n'y a pas de peuple européen (mais des peuples européens) et pas de souveraineté car pas de démocratie européenne. Et quand on voit les régressions démocratiques, les poussées xénophobes et réactionnaires (en Hongrie, en France, en Autriche, en Allemagne, en Espagne), on peut s'inquiéter de ce qu'il reste de la démocratie dans chacun des pays.

Que cette crise soit l'occasion de reconstruire les solidarités nationales et internationales !

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