Le plan de « relance » de l’UE, ou les vieilles recettes du vieux monde

Pour les peuples de l'UE, le jour d'après sera celui d'une austérité prolongée et renforcée, affirme Frédéric Viale, qui voit, dans le pseudo plan de relance et l'activation du Mécanisme européen de stabilité, la simple reprise des vieilles recettes du vieux monde... dont nous vivons pourtant l'effondrement.

Annoncé avec pompe ce 10 avril 2020, le plan de « relance » de l'Union européenne montre que décidément, celle-ci ne change pas. Elle reprend les vieilles recettes du vieux monde dont nous vivons pourtant l'effondrement.

Les 550 milliards d'euros annoncés proviennent pour une grande part (240 milliards) de l'activation du Mécanisme européen de stabilité (MES). Ce dispositif doit permettre aux États d’emprunter moins cher que sur les marchés financiers pour financer leur dépenses de santé dans la limite de 2% de leur PIB.
Mais l'octroi de cette somme est conditionné : si le MES avance ces montants, c'est à la condition que les pays qui l'utilisent mènent les réformes néolibérales censées assurer le remboursement de la dette publique (baisse des dépenses, dégagement d'un excédent budgétaire). Pour le dire autrement, la générosité de l'UE, dont se gargarisent aujourd'hui les eurobéats, se paiera demain d'une plus grande austérité. Les deux autres lignes de crédits (100 milliards pour financer le chômage partiel et 200 milliards de la Banque européenne d’investissement à destination des entreprises) sont aussi des emprunts. Déjà l'Allemagne, les Pays-Bas et la BCE ont rappelé que les dettes, ça se rembourse.

Par ailleurs, les Pays-Bas, soutenus par l'Allemagne, ont réitéré leur refus de quelque forme que ce soit de mutualisation des dettes. La France continue de prêcher dans le désert et finira par s'aligner, comme elle l'a fait avec le pacte de croissance signé par François Hollande en 2012, ou le budget de la zone euro d’Emmanuel Macron qui a terminé à un niveau ridicule, 12 milliards d’euros sur 7 ans.

On voit ainsi que l'UE est et demeure non le lieu de la solidarité entre les peuples mais celui du rapport de force entre les États.

Aussi bien pour la gestion de la pandémie que pour la relance économique qui aurait du suivre, rien ou si peu est fait par l'UE. Seule la BCE poursuit sa politique de rachat massif de la dette souveraine, politique qu'elle mène depuis plusieurs mois pour d'autres raisons. Les États membres bricolent chacun de leur côté leur propre programme, au demeurant contraints par les règles d'orthodoxie libérale de l'UE – et pour la France, il est largement au dessous du strict nécessaire.

Les dettes publiques vont donc monter et les règles d'orthodoxie budgétaire continueront à s'appliquer durement. Pour l'UE, le jour d'après sera celui d'une austérité prolongée et renforcée.

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