Le printemps du peuple chilien

« Alors que le printemps renaît aux bords du Pacifique andin, cinquante ans après l’élection du président de gauche Salvador Allende (1970), l’avenir du Chili recommence bien aujourd’hui », écrit Serge Remy dans la Feuille constituante du 26 octobre, alors que les Chiliens viennent de largement plébisciter le changement de la constitution du pays héritée de la dictature Pinochet.

Conséquence d’un puissant mouvement social brutalement réprimé en 2019, les Chiliens plébiscitent largement le changement de la constitution du pays héritée de la dictature Pinochet. La population engage ainsi un processus constituant à la fois démocratique et inédit.

Les résultats de la consultation qui s’est tenue ce dimanche 25 octobre au Chili sont sans appel ; plus de 78 % des électeurs ont affirmé leur volonté de mettre un terme à la constitution néolibérale en vigueur depuis la dictature du général Pinochet dans les années 1980. Plus encore, ils ont décidé d’écarter la participation du personnel politique actuel à la future Assemblée constituante qui se tiendra en 2021. Celle-ci sera uniquement composée de citoyens élus l’an prochain et qui n’ont jamais exercé de mandat électif.

Doter le pays d’une nouvelle constitution, affirmer une souveraineté populaire vigilante, voilà bien un tournant politique inédit au Chili qui entend rompre avec l’héritage Pinochet. Il s’agit là, bien sûr, d’une première étape dans un agenda politique qui offre au pays une période riche et dense de débat public. Sans doute les conservateurs n’ont-ils pas encore dit leur dernier mot tant l’expression du peuple leur paraît insupportable.

Depuis un an, les Chiliens se prêtent à espérer. La jeunesse associée aux « anciens » qui ont connu l’expérience de l’Unité populaire du président Allende, n’est pas étrangère à ce regain d’intérêt pour la vie de la cité. Elle manifeste parfois avec une heureuse originalité, sa volonté de s’approprier l’avenir en déconstruisant une image dévoyée du pays par les possédants.
Les droites conservatrices et néolibérales présentaient le Chili, à tort, comme le seul oasis de prospérité et de paix en Amérique du Sud. Prospérité pour quelques-uns, appauvrissement pour presque tous. Paix pour les riches, répressions pour les autres. Aussi, l’explosion sociale dans tout le pays en 2019 a surpris les observateurs. Il aura fallu une nouvelle hausse du prix des transports dans la capitale, Santiago, pour déclencher une colère profonde. La crainte du déclassement, la paupérisation de secteurs entiers de la société a inquiété étudiants, salariés précaires de l’industrie, de l’agro-alimentaire et du secteur des biens et des services. Le président Sébastian Piñera a lancé une campagne de répression d’une rare violence qui s’est traduite par plus de vingt morts, des centaines de blessés, des personnes emprisonnés…

Les protestations internationales, la détermination du peuple chilien à manifester, auront conduit le pouvoir à céder, répondant aux deux principales revendications des manifestants ; abandon de la hausse des tarifs des transports et préparation d’une Assemblée constituante pour changer totalement la loi fondamentale qui garrote le pays offert en pâture aux intérêts privés.

Ainsi, le Chili va expérimenter une forme nouvelle de démocratie dans la mesure où, les débats, les consultations, les confrontations devraient animer la nation pendant plus d’un an. C’est un défi et un espoir. Défi démocratique et espoir populaire de définir une constitution qui s’accorde à protéger les biens communs de la nation et à garantir les besoins essentiels de la population en termes d’éducation, de santé, de retraite. Alors que le printemps renaît aux bords du Pacifique andin, cinquante ans après l’élection du président de gauche Salvador Allende (1970), l’avenir du Chili recommence bien aujourd’hui.

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