Le virus et le président

Ce qui se donne à voir derrière la crise du coronavirus, écrit Manon Le Bretton dans la Feuille constituante de ce 9 mars, ce sont aussi des politiques qui ont de longue date travaillé à désorganiser tout un système de santé réputé insubmersible. La crise sanitaire à venir joue ainsi comme un terrible révélateur de la nature de ce gouvernement et des vices institutionnels qui minent notre société.

La crise sanitaire qui se dessine, qu'on l'attribue à la dangerosité effective du Covid-19 ou à l'application du principe de précaution à l'échelle nationale, joue comme un terrible révélateur de la nature de ce gouvernement (et les précédents), et des vices institutionnels qui minent notre société.

L'incompétence d'abord. Celle d'une Agnès Buzyn piteusement débarquée au prétexte d'un scandale providentiel, au moment même où le plan de crise aurait dû être opérationnel. L'impréparation, donc. Ainsi, alors que les professionnels de santé avaient reçu des masques de protection FPP2 dès le début de l'alerte à la grippe H1N1 en 2008, ils n'ont toujours rien reçu à ce jour. Et lorsque Emmanuel Macron proclame avec grandiloquence la réquisition des stocks de masques... il s'agit en réalité de simple masques chirurgicaux, totalement inadaptés. Et les discours tantôt rassurants, tantôt alarmistes selon les ministres, ne font qu'aggraver le sentiment d'insécurité.

Mais ce qui se donne à voir derrière cette crise, ce sont aussi des politiques qui ont de longue date travaillé à désorganiser tout un système de santé réputé insubmersible. Fin 2019 : en pleine mobilisation des personnels soignants pour alerter sur le point de rupture atteint par l’Hôpital public, le Parlement vote le budget 2020. Le ministère est l'un des plus rudement touchés par les suppressions de postes. Quant au budget de la sécurité sociale il abaisse le plafonnement des dépenses pour le financement de l'Hôpital. Une fin de non recevoir qui s'avère aujourd'hui un arbitrage coupable, alors que notre système de santé s'apprête à affronter une crise d'ampleur inédite. Même l'OMS déclare - mais un peu tard - que les politiques d'austérité doivent être abandonnées pour faire face. Quelle meilleure preuve de la nocivité des politiques néolibérales qui sévissent depuis une trentaine d'années ?

Pour en arriver là, il aura fallu, dans un pays qui faisait exception par l'héritage solide du CNR, l'appui redoutable d'une monarchie présidentielle: l'exécutif a la main sur tout pour déconstruire des institutions populaires conçues justement pour échapper aux grands prédateurs. La Sécu, telle que pensée par Ambroise Croizat, c'est d'abord un système géré par les travailleurs qui bénéficient de cette part socialisée de l'économie. C'est pourquoi, jusqu'aux ordonnances Juppé de 1995, ni le gouvernement ni les députés n'avaient droit d'ingérence dans son budget. Depuis, les gouvernements successifs n'auront eu de cesse d'assécher et piller ce trésor pour mieux l'accuser de ses « déficits » - le dernier larcin, fin 2019, invoquant sans honte le financement des mesures dites « gilets jaunes ».

Le coronavirus révèle ainsi, avec une ironie tragique, à quel point les vices institutionnels, dépossédant citoyens et travailleurs de leur souveraineté sur ces questions vitales, exposent la population à l'inconséquence d'une caste prédatrice. Là encore, il y a urgence à ce que le processus constituant les restaure dans leur droit.

Pendant ce temps, le Président se rend au théâtre : une autre idée de la représentation...

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