L’envers du « quoi qu’il en coûte »

Malgré les déclarations du président de la République sur le « quoi qu'il en coûte », « il ne sera pas question de faire autre chose que de reconduire les vieilles politiques d’austérité axées sur le remboursement de la dette » publique, affirme Frédéric Viale dans la Feuille constituante du 7 décembre. Pouvait-il en être autrement, dans un cadre institutionnel « prévu pour contourner la volonté du peuple ». « La question constituante est décidément décisive. »

« Quoi qu’il en coûte », il faut faire face à l’épidémie du Covid-19 a dit le président de la République. Normal puisque « nous sommes en guerre ».

Avec Jean Arthuis, nouvellement nommé président de la commission sur l’avenir des finances publiques que vient d’installer le Premier ministre, nous savons ce que cela nous coûtera : ses récentes déclarations ne laissent planer aucun doute, il ne sera pas question de faire autre chose que de reconduire les vieilles politiques d’austérité axées sur le remboursement de la dette publique « quoi qu’il en coûte ».

Il est vrai que la composition de cette commission, peuplée de personnalités largement engagées dans les politiques d’austérité passées, ne pouvait pas nous laisser imaginer autre chose de la part d’un ancien ministre centriste, de ceux pour qui une dette cela se rembourse, un service public cela maigrit, la protection sociale cela se rétrécit, la retraite cela se réduit, « quoi qu’il en coûte ». Il n’est pas anormal non plus que, presque en même temps, le rapporteur du budget, Laurent Saint-Martin, rappelle que les réformes des retraites et de l'assurance-chômage « restent d'actualité ». Nous savons donc ce que coûtera ce « quoi qu’il en coûte ».

Ce qui est intéressant dans les déclarations de Arthuis, ce n’est pas seulement qu’elles reprennent très exactement le vieux discours des néolibéraux sur la dette, c’est la mise en avant de la souveraineté de la France dans la nécessité dans laquelle elle est placée de tout faire pour restreindre ses dépenses publiques qui étaient, bien avant la crise du Covid de « mauvaises habitudes ». Et si elle allait jusqu’à annuler la dette publique, elle se mettrait entre les mains des financiers internationaux et perdrait toute crédibilité, telle la Grèce en 2015, assène Arthuis.

Outre la malhonnêteté de la comparaison (la situation de la Grèce en 2015 était celle d’un pays négociant avec ceux de la zone Euro pour la restructuration de sa dette, et c’est précisément parce qu’il a craint de s’engager dans son effacement qu’il a été écrasé sans ménagement), en dehors de l’idiotie consistant à dire qu’on ne résiste pas à ses créanciers en refusant de les payer, il faut voir l’étendue de la portée politique de ce type de déclaration. Elles font un bruit de fond anxiogène destiné à obtenir l’assentiment par défaut d’un peuple qui aurait été persuadé qu’il n’y a pas d’autres solutions. Or, dans une période de taux d’intérêt durablement bas, la dette publique peut rouler de manière indolore sur des années. Nul ne peut ignorer non plus que la Banque centrale européenne va poursuivre sa politique « d’assouplissement quantitatif » et qu’une véritable monétarisation de la dette ne serait pas si difficile à mettre en œuvre. Par ailleurs, des propositions diverses sont sur la table, au demeurant pas nécessairement révolutionnaires, qui permettent d’envisager des aménagements concernant la dette comme par exemple le passage en négatif des fonds propres de la BCE. Et ce n’est rien dire encore des actions à mener pour rendre aux États des sources de financements, ne serait-ce que par l’encadrement des mouvements des capitaux et la fin des paradis fiscaux – impossibles du fait des traités de l’Union européenne tant défendus par Arthus. Ainsi les prédictions d’un père fouettard parlant des efforts à faire sont là non pour être réalisées mais comme menace pour faire accepter ce que personne ne veut plus : le retour de l’austérité perpétuelle. Dans un contexte social dégradé (voir la dernière feuille constituante sur la multiplication des PSE), ces menaces ne sont pas seulement inacceptables, elles sont le signe que nos dirigeants néolibéraux radicalisés ne lâchent rien.

Et les institutions dans lesquelles ils sont logés sont organisées en casemate, prévues pour contourner la volonté du peuple. La question constituante est décidément décisive.

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