Les abstentionnistes giflent Macron

« 60 % d’abstention pour un second tour, à enjeux, d’élections municipales ! Un niveau stratosphérique de désaveu populaire, incomparable avec tout ce qui a déjà été vu... » Dans la Feuille constituante de ce 29 juin, François Cocq analyse le second tour des municipales au prisme de l'abstention.

60 % d’abstention pour un second tour, à enjeux, d’élections municipales ! Un niveau stratosphérique de désaveu populaire, incomparable avec tout ce qui a déjà été vu. Or si les 55% d’abstention du premier tour résultait était largement imputables au Covid, l’abstention plus importante encore pour ce second tour est une sanction directe infligée à Emmanuel Macron pour sa gestion calamiteuse de ces élections municipales. 

Le 15 mars dernier, Emmanuel Macron mettait délibérément les citoyens en danger en maintenant et instrumentalisant le scrutin. Les citoyens ne le lui ont pardonné.

Le 15 mai, Emmanuel Macron passait en force en entérinant l’élection définitive des maires élus dès le 1er tour lors d’un scrutin biaisé. Les citoyens ne le lui ont pas pardonné.

Le 28 juin, Emmanuel Macron imposait un second tour déconnecté du premier pour justifier de sa faute initiale. Les citoyens ne le lui ont pas pardonné.

Le maintien du 1er tour est le péché originel de Macron. Ce choix fut un désastre sanitaire en mars, une parodie démocratique ensuite. L’abstention, aussi massive, atteste d’un refus conscient et politique de participer à un scrutin totalement galvaudé pour servir les intérêts du pouvoir. C’est une réponse claire et directe adressée à celui qui est responsable et coupable d’atteinte à l’intégrité physique des citoyens et du corps politique qu’ils forment tous ensemble. 

Mais si l’abstention est une réponse populaire, elle est pour autant assumée par le pouvoir en place. Emmanuel Macron savait que le maintien du premier tour se ferait dans un océan d’abstention. Il savait, les différentes enquêtes en attestaient, que le maintien du second tour dans cette configuration serait pire encore. Pour autant, plutôt que remettre l'ouvrage sur le métier et réorganiser un vote global et cohérent plus tard dans l’année, il a fait le choix de l’abstention pour, lui, se défausser. L’abstention était systémique. Elle est désormais choisie par le pouvoir en place comme un outil de gouvernance.

On ne joue pas impunément avec la démocratie. La légitimité des exécutifs élus dans ces conditions, au fait minoritaire, sera immanquablement affaiblie. Le dernier échelon qui recevait encore l’approbation de ses administrés, la commune, vacille à son tour du fait d’une présidence omnipotente qui joue des élections comme on joue au poker. Il n’est plus un scrutin qui soit donc désormais à l’abri de la perte de sens en termes de responsabilité. L’effondrement démocratique se propage et le fossoyeur est à l’Élysée. Mais Emmanuel Macron est lui aussi pris à son propre piège : à avoir voulu biaiser avec le peuple, celui-ci vient aussi de lui infliger une gifle cinglante. Ce sont donc tout à la fois les hommes et le système qu’il faut changer.

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