Les États-Unis d’Amérique et l’échec du régime représentatif

« L’objectif de la Constitution américaine n’est pas de placer le peuple en position de gouvernant, mais bien de permettre aux propriétaires terriens de désigner une élite pour défendre leurs intérêts. Le régime "représentatif" ne permet donc pas aux citoyens américains de se sentir représentés », explique Enguerrand Delion dans la Feuille constituante du 9 novembre.

Les électeurs des États-Unis ont voté le 3 novembre 2020 pour élire leur nouveau président de la République J. Biden. Plus exactement, ils ont élu les grands électeurs qui désigneront ensuite le chef d’État américain.

Le régime électoral américain, créé en 1787, est l’archétype du régime représentatif : la principale élection est au suffrage indirect et les représentants au niveau national sont – comme en France – dotés d’une autonomie totale par rapport aux électeurs durant leur mandat.

Les pères fondateurs de la constitution américaine ont créé un système électoral dans lequel les propriétaires terriens détiennent la clef des résultats électoraux (cf. B. Manin, Principes du régime représentatif). En effet, la répartition des grands électeurs par États fédérés octroie une sur-représentation aux États ruraux. Ainsi, lors des élections présidentielles de 2016, D. Trump remporte 30 des 50 États américains (essentiellement des États peu peuplés) contre 20 États et un district pour H. Clinton, alors même qu’elle domine en nombre de voix au niveau national. En 2020, D. Trump devrait remporter peu ou prou le même nombre d’États que J. Biden alors même qu’il est distancé de plusieurs millions de voix. L’électeur d’un État rural a donc proportionnellement beaucoup plus de poids dans l’élection qu’un électeur d’un État urbain (il est à noter que la situation est identique concernant l’élection du Sénat français). Cette situation est aggravée par le mode d’élection du Sénat américain : chaque État se voit assigner deux sénateurs peu importe le nombre d’électeurs y vivant.

Ainsi construit, le régime représentatif américain se voulait un modèle non-démocratique selon ses pères fondateurs (le terme « démocrate » était à l’époque considéré comme une insulte dont la signification équivaut aujourd’hui à celle du mot « populiste »). En effet, l’objectif de la Constitution américaine n’est pas de placer le peuple en position de gouvernant, mais bien de permettre aux propriétaires terriens de désigner une élite pour défendre leurs intérêts. Le régime « représentatif » ne permet donc pas aux citoyens américains de se sentir représentés. Cela conduit à une radicalisation des esprits et nuit ainsi à l’émergence d’une conscience populaire. La radicalité de D. Trump ou celle – plus discrète – de J. Biden en sont des exemples. Il est à noter que ce phénomène existe également en France comme l’a démontré la montée du RN ou encore la droitisation du gouvernement. Dans le même temps, le mouvement des gilets jaunes témoigne d’une radicalisation, non des idées, mais du mode d’engagement politique.

B. Constant résumait ainsi l’essence des régimes représentatifs : ils visent à protéger les « libertés modernes » (droit de propriété, liberté d’entreprendre…) au détriment des « libertés anciennes » qui caractérisent les démocraties antiques (droit de participer directement - ou indirectement – à la rédaction des lois par exemple). Dès lors, les États-Unis sont loin d’être une République démocratique : les lois – écrites par et pour une minorité – n’y visent nullement l’intérêt général. La célèbre phrase d’A. Lincoln ne s’applique donc pas à son propre pays : « la démocratie c’est le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

À VOIR AUSSI