Macron & l’UE : l’arnaque de la pensée magique

Dans la Feuille constituante du 27 avril, Frédéric Viale nous décrit le monde d'après selon les responsables d'aujourd'hui. Et lui donne un nom : le « mécanisme européen de stabilité ». En définitive, comme l'a affirmé Macron : « la crise n'enlèvera rien à ce que l'on a fait avant. On rebâtira sur cette base-là. »

Volontarisme, communication, pensée magique : concernant l'Union européenne, Emmanuel Macron parvient à l'exploit d'atteindre aux trois. L'intervention du président après le quatrième sommet de l'UE depuis la crise sanitaire porte des phrases fortes qui pourraient faire croire que nos dirigeants, saisis par l'ampleur de la crise qui nous touche, vont tout changer. Hélas, ce serait de la pensée magique que de le croire. Comme de le faire croire.

« Souveraineté européenne », « renforcer l'autonomie stratégique européenne », « réorganiser nos chaînes de production pour réduire notre dépendance » : ne craignant aucun oxymore, redécouvrant  le terme souveraineté pour mieux en abandonner l'objet à une UE à l'abri des peuples, le président fait passer un message, celui d'une UE présente, comme espace de solidarités, à la hauteur des défis historiques. Certes, il faut qu'elle aille « plus loin, plus fort », mais là encore, cette volonté passe pour vertu. Car la rudesse de la crise l'exige, l'UE met sur la table un plan de relance massif, signe d'une solidarité forte entre les États membres.

Certes, si on rentre dans les détails, Emmanuel Macron finit par concéder que rien n'est décidé. Après avoir affirmé qu'il y aura des transferts budgétaires, il finit par dire que ces transferts ne sont pas réellement décidés parce que la modalité de leur financement n'est pas décidée, et qu'il s'agirait d’émissions de dette sur les marchés. Mais attention ! Pour un montant de 500 milliards. D'où sortent-ils ? Là, cela devient soudain plus flou : « refinancement par l'UE » (par de nouvelles dettes, alors ?), « mobilisation de la Banque européenne d'investissement » (ah, bonne idée, mais selon quelles modalités ?) ; « Mécanisme européen de solidarité (MES) mais sans les conditionnalités ». Puisque le président ne se donne pas la peine de traduire en français, faisons-le : le MES est un mécanisme de garantie de dettes publiques, normalement déclenché à la condition que le pays « bénéficiaire » acceptent des « réformes » néolibérales à la Grecque. Il est bien que cela soit sans les réformes obligatoires (et régressives) mais il s'agit bien de nouvelles dettes. Donc, l'UE fait face à la crise par l'émission de nouvelles dettes publiques, qu'il faudra rembourser à coup de politiques austéritaires dont crèvent les peuples depuis des décennies.

Voilà le monde d'après pour les responsables d'aujourd'hui.

Finalement, la phrase qui résume le mieux l'intervention du chef de l’État est de celle qui passe inaperçue mais qui se trouve d'autant plus révélatrice : « la crise n'enlèvera rien à ce que l'on a fait avant. On rebâtira sur cette base-là ». Si c'était pour nous dire « nous devons tout changer pour que rien ne change », Lampedusa l'avait dit voici bien longtemps, et avec plus de talent.

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