Ne détruisez pas l’État !

La « crise sanitaire révèle de plus en plus la nécessité pour la République d’une gestion cohérente, raisonnée et donc structurante à l'échelle nationale pour pouvoir être déclinée ensuite au plus proche du terrain », affirme Elsa Margueritat dans la Feuille constituante de ce 28 septembre, alors que les mesures de fermeture des bars entrent en vigueur à Marseille.

Tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Ne l’apprend-on pas dans les Pyrénées-Orientales, si chères au Premier ministre Jean Castex ? Bien installé désormais dans son cabinet parisien, celui qui était jusqu’alors maire des 6.000 habitants de Prades doit regretter d’avoir parlé si vite, lui qui il y a quelques semaines encore disait que « les élus locaux doivent être écoutés. Il est important que les mesures ne soient pas imposées de Paris. » Monsieur territoire, chantre de la décentralisation et de la désarticulation des procédés jacobins de gouvernement, est aujourd’hui dos au mur face à la fronde des élus locaux, qui, le prenant au pied de la lettre, refusent de se soumettre aux diktats gouvernementaux quant aux mesures prises sur la gestion de la crise sanitaire. Alors qu’aujourd’hui devraient fermer les bars marseillais, il doit s’attendre à l’insoumission de la maire et des services municipaux de la cité phocéenne.

Il faut bien distinguer deux aspects : d’un côté, la gestion calamiteuse de la crise sanitaire par le gouvernement. De l’autre, l’impératif d’une concentration du pouvoir dans la gestion régalienne des considérations sanitaires.

Nous sommes en droit de questionner les dernières mesures du gouvernement pour faire face à la deuxième vague du coronavirus : pourquoi avoir imposé l’horaire de 22h aux bars ? Quelle aide leur sera alors apportée ? Pourquoi imposer cette fermeture aux bars et non aux restaurateurs ? Comment justifier une telle fermeture lorsque les universités et les écoles deviennent de véritables foyers au virus ? Pourquoi prendre le choix de pénaliser l’individu par cette fermeture sans prendre de mesures fortes se concentrant sur les impératifs sanitaires comme un investissement massif dans les hôpitaux aux abois ? Comment justifier des mesures prises à l’échelle d’une région seulement et non nationale ? Ce gouvernement ne gouverne pas : il renvoie la responsabilité sur les communes et les préfets, trop occupé qu'il est à faire campagne en vue d’une réélection plutôt qu'à protéger l’ensemble de ses citoyens.

Si la pertinence de telles mesures semble totalement insuffisante et entre en totale contradiction avec la nécessité d’une reprise en main de nos services publics, la réaction de la région Aix-Marseille, ayant appelé à la désobéissance civile, interroge. La gestion d’une crise sanitaire ne peut se penser à l’échelle locale, le virus ne se cantonnant pas aux frontières des régions. Les communes ne peuvent se penser comme des petites seigneuries, principales décisionnaires dans la gestion de crise nationale, et appeler à une désobéissance de ces dernières décisions, en plus d’être irresponsable, revient à affirmer une primauté des régions, ce qui ne peut être une réponse l'atermoiement du gouvernement. Cette crise sanitaire révèle de plus en plus la nécessité pour la République d’une gestion cohérente, raisonnée et donc structurante à l'échelle nationale pour pouvoir être déclinée ensuite au plus proche du terrain. L'acceptabilité et donc l'efficacité d'une action publique en mesure de garantir l'ordre et la sécurité sanitaire sont à ce prix.

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