(Non) consentement

« Désormais, la rupture du consentement se généralise. (...) Il n’est alors que deux façons d’y répondre : par une reprise en mains brutale par le parti de l’ordre accompagné d’une pratique toujours plus autoritaire du pouvoir (...) ou bien par une rupture dans les politiques pratiquées accompagnée d’une refondation dans l’ordre démocratique pour restituer au peuple son pouvoir souverain de décision », écrit François Cocq dans son Point de vue constituant.
« Pour notre part nous avons choisi. »

Face à l’urgence sanitaire, Emmanuel Macron a donc décrété le 28 octobre un nouveau confinement pour tout le pays. Que celui-ci soit à géométrie variable et n’ait de confinement que le nom alors même qu’il continue à envoyer les forces productives au travail ne change rien à l’affaire : on constate depuis la mise en place de celui-ci une profonde rupture du consentement populaire.

Autant les Français ont été disciplinés en mars-avril parce que les consignes données avaient du sens, autant ils assument, l’automne venu et alors que le virus n’est pas moins virulent, de s’inscrire en faux devant tant d’incohérences : collèges et lycées ouverts alors que le taux d’incidence dépasse les seuils d’alerte pour ces tranches d’âge faisant des enfants de puissants vecteurs du virus, transports en communs bondés, maintien de certaines activités et fermeture arbitraire d’autres comme pour les libraires… Les injonctions gouvernementales apparaissent erronées voire dangereuses comme cette supplique du secrétaire d’État au tourisme de réserver pour les vacances de la Toussaint. Quant aux annonces de ce même gouvernement, elles peuvent même se révéler contradictoires d’une minute à l’autre, le porte-parole du gouvernement pouvant annoncer un retour du couvre-feu (sur un confinement – sic –) avant d’être aussitôt démenti par Matignon, preuve qu’il n’y a plus ni pilote ni équipage dans la carlingue branlante qu’est devenu l’exécutif.

La fronde ne se contente pas de se manifester à la base. Les élus sont aussi vent debout, non pas tant contre des choix qui leurs sont imposés que contre des décisions qui ne font pas sens. On se souvient de la résistance marseillaise au couvre-feu parce que Marseille servait de cobaye pour des mesures qui auraient aussi dû être annoncées alors notamment pour l’Île-de-France. On voit aujourd’hui se multiplier les arrêtés municipaux pour permettre l’ouverture de commerces de proximité et même des édiles s’engager à ce que leur collectivité paie les éventuelles amendes des commerces qui resteraient ouverts.

Lorsque des citoyens, nombre de leurs représentants, et même des collectivités défient ainsi le pouvoir exécutif, c’est qu’une rupture majeure s’est opérée dans le consentement. Et il ne faut pas chercher bien loin pour tirer le fil de ce désaveu. Dès l’automne 2018, les Gilets jaunes ont mis le doigt sur un hiatus de légitimité. Celui entre l’élection, institutionnellement légitime, d’Emmanuel Macron, et la politique qu’il met depuis en œuvre, perçue comme contraire à l’intérêt général. Depuis le XVIIe siècle, la légitimité est liée à « la qualité de ce qui est juste » et donc à un contenu. On comprend dès lors que la légitimité ne se décrète pas par principe. Tout simplement elle s’accorde, ou non. C’est ce même hiatus de légitimité qui s’approfondit aujourd’hui en pleine crise sanitaire, gagnant jusqu’au formes représentatives et aux institutions locales.

Une fois encore la Covid est un puissant catalyseur après que le mouvement des Gilets jaunes a été un formidable révélateur. Désormais, la rupture du consentement se généralise. Elle devient un fait social et démocratique. Il n’est alors que deux façons d’y répondre : par une reprise en mains brutale par le parti de l’ordre accompagné d’une pratique toujours plus autoritaire du pouvoir, autrement dit assumer l’approfondissement de la crise par un exercice non consenti du pouvoir ; ou bien par une rupture dans les politiques pratiquées accompagnée d’une refondation dans l’ordre démocratique pour restituer au peuple son pouvoir souverain de décision. Pour notre part nous avons choisi.

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