Pour que le fossile soit enfin de l’histoire ancienne

Par Clément Caudron

La sortie rapide des énergies fossiles - pétrole, gaz et charbon - est une quintuple priorité. Une priorité climatique d’abord, à l’heure où leur combustion représente notre principale source d’émissions de gaz à effet de serre. Les rapports du GIEC se succèdent – le dernier date de cet été – et ils nous alertent chaque fois davantage sur l’urgence absolue qu’il y a à infléchir radicalement notre trajectoire d’émissions. Les COP se succèdent également et ne changent rien à l’affaire, la récente COP26 ne faisant malheureusement pas exception.
Une priorité sanitaire ensuite, car les énergies fossiles – charbon en tête – contribuent massivement à la pollution de l’air, pour un coût en vies humaines qui avoisinerait les 8 millions de décès annuels. Une priorité énergétique aussi, dans la mesure où l’économie mondiale dépend aujourd’hui à 80 % des ressources fossiles, consommées de façon croissante et disponibles en quantité limitées. L’Agence Internationale de l’Energie (AIE) indique que l’offre totale de pétrole pourrait décliner à partir de 2025, tandis que gaz et charbon risquent d’en faire de même dans les décennies suivantes.
La situation s’annonce particulièrement critique pour les états qui, à l’instar de la France, ne disposent pas de réserves significatives dans leurs propres sous-sols : sortir de cette dépendance est ici une priorité stratégique. Priorité sociale enfin, car les prix des énergies fossiles fluctuent de façon chaotique au gré des marchés internationaux, nous rendant vulnérables à des poussées inflationnistes qui frappent les classes populaires au portefeuille.

Il faut sortir au plus vite du fossile, et pour cela aucun levier d’action ne doit être écarté. Il faut décarboner notre mix énergétique en électrifiant tout ce qui peut l’être et conserver une électricité aussi bas-carbone que possible. La hausse de consommation électrique que cela induira, couplée au vieillissement du parc nucléaire de 2ème génération, plaide pour la relance d’un programme nucléaire ambitieux, couplé à une forte accélération du rythme de déploiement des énergies renouvelables. C’est ce qu’indique RTE dans son dernier rapport.
Il faudra aussi diminuer fortement notre consommation totale d’énergie, en s’appuyant simultanément sur l’efficacité énergétique et sur la sobriété. Les espoirs de croissance verte, misant sur un découplage suffisant entre impact environnemental et hausse du PIB, ne reposent sur aucun fondement empirique, comme le démontre la méta-analyse « Decoupling debunked ».
Une telle sortie du fossile présuppose des investissements publics massifs, une régulation contraignante de la sphère privée, la renationalisation des secteurs de l’énergie et du transport, la relocalisation de l’activité productive et enfin la contraction des volumes produits. Autant d’éléments qui s’avéreront structurellement incompatibles avec le capitalisme financiarisé et mondialisé que nous subissons aujourd’hui, et en particulier avec sa déclinaison néolibérale, verrouillée par les traités européens. Seul un changement systémique rendra cela possible.

Clément Caudron

NB : Les feuilles constituantes sont des contributions au débat constituant. Elles visent à susciter et éclairer la discussion sur des enjeux structurants pour le corps politique. A ce titre, elles n'engagent que leur auteur.

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