Quel anniversaire, quelle République ?

« C’est la date du 21 Septembre 1792 qui écrit l’histoire dans le sillon de l’Assemblée constituante de 1789, et admet la République comme seul régime capable de permettre enfin aux citoyens français de vivre égaux sous une loi commune », écrit Sacha Mokritsky dans la Feuille constituante de cette semaine, réagissant au discours d'Emmanuel Macron commémorant le 4 septembre 1870.

Les médias aux aguets ont battu le pas en cadence : un discours « important », « de combat », « un tournant dans le quinquennat », ce discours d’Emmanuel Macron au Panthéon était présenté dans tous les canards comme un événement politique majeur. Un séisme. Une déflagration. Peut-être même un moment plus important encore que la proclamation de la IIIe République par Léon Gambetta, 150 ans auparavant. Jupiter frappait encore de son sceau la République française et s’apprêtait à graver dans le marbre national sa grâce et sa superbe.

Quiconque connaît son histoire républicaine et tient pour fierté le combat révolutionnaire se rend bien compte que le choix de la date du 4 Septembre revêt en lui-même un caractère de trahison vis-à-vis de notre devise républicaine et de la promesse française de République sociale. La République proclamée par Léon Gambetta le 4 Septembre n’est pas une République du peuple ; le peuple, lui, et les républicains révolutionnaires, tandis que les réformistes tergiversaient au Palais Bourbon, avaient envahi l’hôtel de ville pour y hisser le drapeau rouge, celui du socialisme. En choisissant d’honorer la date du 4 Septembre, pis, en arrachant 78 ans de l’histoire de France pour faire admettre cette date comme date fondatrice de notre République, le président Emmanuel Macron s’engouffre dans un révisionnisme qui semble omettre la réelle première proclamation de la République en France : le 21 Septembre 1792.

C’est la date du 21 Septembre 1792 qui écrit l’histoire dans le sillon de l’Assemblée constituante de 1789. C’est la date de 1792 qui admet la République comme seul régime capable de permettre enfin aux citoyens français de vivre égaux sous une loi commune, fixée par eux et selon leurs règles. C’est la date de 1792, qui, réduite par les atermoiements des contre-révolutionnaires à la Terreur et à une révolution avortée, jette réellement et de manière pérenne les fondations d’une longue tradition de droit et de démocratie. N’en déplaise aux puissants qui voudraient parer leurs politiques dangereuses d’un vernis périmé, c’est dans la violence d’un peuple honni et meurtri qu’ont été abolis les privilèges la nuit du 4 Août 1789. C’est parce que les fédérés, dans un élan de citoyenneté, sont montés à Paris pour déloger le roi-traître qui les gouvernait, que la République a pu être proclamée. Nos symboles républicains, notre drapeau, notre devise, notre hymne et les pierres fondatrices de notre Constitution sont nés de la colère d’un peuple qui n’acceptait plus d’être réduit à la misère par un pouvoir qui les méprisait. C’est le combat de Saint-Just, de Robespierre et de Marat, celui de celles et de ceux qui ont osé s’élever et battre le pavé et les assemblées, que nous devons honorer toujours puisqu’il faut aimer la République.

Oui, Monsieur Macron, le peuple français refuse, tant que la République existera, qu’elle se laisse gangréner par les fractions identitaires. Oui, nous nous battrons toujours, parce que tel est le contrat républicain que les hommes et les femmes de ce pays ont conclu en acceptant les règles communes, pour que ce peuple qui souffre soit entendu et protégé, et oui, ce peuple se battra tant que les puissants oseront réécrire l’histoire pour qu’elle leur siée plutôt qu’à l’intérêt général.

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