Se mettre au vert.

Dans La Feuille constituante de ce 4 mai, Sacha Mokritzky dénonce les conditions du déconfinement : santé sacrifiée à l'économie et libertés fondamentales menacées. Et moque une carte du déconfinement qui « frise le ridicule ».

C’est la question qui occupe désormais les Français chaque soir. Fébriles, anxieux, ils attendent avec impatience que soit présentée la désormais quotidienne carte du déconfinement, espérant voir leur département enfin coloré de vert, sans trop savoir ce que cela signifie vraiment. Fort heureusement, la presse est là pour nous expliquer en profondeur ce que représente ce code couleur et quelles seront les conséquences réelles sur nos vies le 11 mai. Ce matin, je me suis donc précipité sur mon quotidien local, qui titrait « Le département de Yonne est en rouge sur les cartes du déconfinement. » Dois-je comprendre ici que je suis réduit à rester ad vitam aeternam à domicile ? Est-ce que les départements verts s’apprêtent à basculer sans préavis dans un monde meilleur, débarrassé du virus et aux lendemains qui chantent ? Me voici reparti à la chasse aux informations. J’apprends que deux cartes se font concurrence, l’une présentant les indices de saturation des établissements hospitaliers, l’autre se concentrant sur la vitesse de circulation du virus. Simple comme bonjour ! Les journalistes d’investigation de BFM TV m’apprennent que la carte deviendra bicolore le 7 mai. Le virus aura donc choisi d'ici là s’il persiste dans les départements orange ou s’il les abandonne.

La situation aurait pu être risible tant elle frise le ridicule. Elle est néanmoins très préoccupante. Ce déconfinement a été décidé unilatéralement par le président de la République ; il semble même que le premier ministre ait été exclu de la décision. Il s’est fait dans l’ignorance des recommandations du conseil scientifique et il s’annonce morbide. Là encore, le déconfinement tel qu’il est annoncé révèle les graves manquements du gouvernement : masques vendus parfois des centaines de fois plus chers que leur prix d’origine, et qui, selon plusieurs témoignages, ne semblent même pas aux normes ; enfants renvoyés au charbon malgré des conditions sanitaires déplorables – ou plutôt, les écoles-garderies rouvertes pour permettre aux parents de sacrifier leur santé sur l’autel de l’économie ; hôpitaux toujours saturés sur presque la moitié du territoire ; informations contradictoires envoyées par les membres du gouvernement. La séquence qui s’ouvre s’annonce terrible tant sur le plan sanitaire que sur le plan des droits humains. Non seulement les droits des travailleurs sont sacrifiés, mais les libertés publiques reculent face aux logiques sécuritaires. Notre droit fondamental à vivre sans être surveillés est atteint. L’application StopCovid, les drones qui survolent les populations et les interpellent, l’intelligence artificielle qui pointe son nez dans les postes de surveillance… Plus que jamais, il va falloir faire bloc contre un gouvernement qui se pose lui-même en ennemi du peuple.

Heureusement, il y a la carte.

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