Vers le 5 décembre et au-delà

Dans la Feuille constituante du 18 novembre, François Cocq jette un pont entre la mobilisation anniversaire des Gilets jaunes et le mouvement social du 5 décembre, qui « se redéploiera en cortèges pour couper court à la folie néolibérale ».

Depuis quelques jours, les mots résonnent dans l'étendue du désespoir qu'ils décrivent : la précarité tue. Ce n'est pas là un slogan, juste un constat. Avec son cortège de victimes du délitement de ce qui fait société, l'idée est devenue matérielle au-delà même des consciences des premiers concernés. Tel Saturne, le collectif humain que nous formons, à trop avoir été atomisé pour laisser les coudées franches aux profiteurs du capital, dévore ses propres enfants.

Les Gilets jaunes l'ont compris et l'ont montré depuis un an. Ils étaient encore là ce week-end pour en témoigner et être la pointe avancée de celles et ceux qui aspirent à recréer des espaces collectifs de solidarité et de décision. Les éditocrates qui hier les honnissaient voudraient maintenant opposer les gentils Gilets jaunes des débuts contre les méchants d'aujourd'hui : il importe il est vrai de vite les décrédibiliser et faire refluer ces 55% de Français qui leur apportent leur soutien alors qu'approche le 5 décembre. Car ce jour-là, le mouvement social se redéploiera en cortèges pour couper court à la folie néolibérale qui entend, par le saccage des retraites, enterrer les gens sur leur poste de travail.

C'est déjà là plus qu'une convergence. Le signal qu'avec les Gilets jaunes et le mouvement social, mais surtout au-delà d'eux, le basculement décisif est en train de s'opérer : c'est le grand nombre qui , dans la diversité de ses âges, statuts et professions, projette sur le 5 décembre et suivants l'aspiration à une rupture refondatrice. Quand 63% des Français ont déjà dû renoncer à des soins, que 71% d'entre-eux en sont réduits à subir les assauts du froid plutôt que se chauffer, c'est le refus de vivre à genoux, de l'Université à la retraite, qui traverse toute la société. Chacun comprend que les retraites sont une bataille mais que c'est la lutte pour une vie digne qui s'avance et qui nous réagrège en tant que peuple.

Après avoir été rendu aveugle trop longtemps, le peuple retrouve son fil d'Ariane. Celui qui le conduira non pas juste à contester mais à renverser la table pour reprendre en main sa liberté collective de décision. À exercer sur la Cité comme sur nos vie notre souveraineté pleine et entière pour retrouver ensemble le goût du bonheur.

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