Violences policières : pour une police républicaine

« Nous avons besoin d'une police républicaine, pas d'un corps en roue libre qui suscite la défiance d'un nombre trop élevé de Français », écrit Frédéric Viale à propos de la police dans la Feuille constituante du 8 juin, alors que les manifestations contre les violences policières se multiplient dans le pays. Une police républicaine, c'est-à-dire respectueuse du droit à la sûreté énoncé à l'article 2 de la Déclaration de 1789.

La liberté promue par la République n'est effective que si la sécurité existe. Mais il ne faut pas oublier que la sécurité a deux aspects : celui de la tranquillité publique (le fait de ne pas être agressé) mais aussi celui de la sûreté (le fait de ne pas être arbitrairement détenu ou réprimé par la force publique), énoncée dans l'article 2 de la Déclaration des droits de 1789. Ce que les manifestations contre les violences policières révèlent ces derniers jours, c'est que la sûreté n'est plus assurée dans notre République, particulièrement si on fait partie d'une minorité racisée et socialement discriminée. Les révélations récentes sur les propos et les actes racistes de trop nombreux policiers sont inacceptables et symptomatiques d'une réalité trop bien installée.

Déjà, le mouvement des Gilets jaunes a subi une violence extraordinaire de forces de l'ordre qui n'ont pas hésité à utiliser des armes de guerre, des techniques de répression brutales et disproportionnées arrachant des mains, des yeux, brisant des vies à des citoyen·ne·s qui ne faisaient qu'exercer leur droit constitutionnel à manifester. Cette répression a été également judiciaire avec des condamnations prononcées à la chaîne par une justice stakhanoviste. Certains ont découvert à cette occasion que cette brutalité systématique, les banlieues populaires la subissaient depuis 20 ans. Et la période de confinement a vu s'accentuer l'arbitraire policier.

La République a besoin d'une police, ne serait-ce que pour assurer la tranquillité publique. Elle a besoin d'une police républicaine, c'est-à-dire qui ne soit pas la proie d'une idéologie violente aux antipodes des principes républicains. Mais aussi d'une police qui soit placée non au service d'une faction mais de l'intérêt général. Ce n'est plus le cas aujourd'hui lorsque le gouvernement utilise massivement la police pour se maintenir face aux contestations sociales. Elle a aussi besoin d'une police efficace, c'est-à-dire qui dispose des moyens pour réprimer le crime, aussi bien le crime contre les personnes que la délinquance en col blanc, et non, comme aujourd'hui, d'une police sur-équipée en armes de guerre mais sous-équipée en moyens d'enquête. Enfin, pour être républicaine, la police doit être contrôlée. En République, en effet, nul ne peut se prétendre au-dessus des lois, même exerçant la violence légitime de l’État. L'IGPN, véritable lessiveuse à exactions policières, composée de policiers faisant carrière dans la police doit être, de toute urgence, remplacée par une Autorité administrative indépendante. L'impunité doit cesser à tous les niveaux, et les policiers qui déshonorent la République doivent être sanctionnés sans délai. Le recrutement et la formation des policiers doivent aussi être profondément revus.

Nous avons besoin d'une police républicaine, pas d'un corps en roue libre et qui suscite la défiance d'un nombre trop élevé de Français. L’État ne retrouvera son caractère républicain que s'il protège effectivement les citoyens, y compris contre le risque d'arbitraire du fait de ses propres services.

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